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Touchante bonté!

Mme Thérèse Bastien Vincent, mère de l'auteure

Mme Thérèse Bastien Vincent, mère de l’auteure

Ma mère de 85 ans est entrée à l’hôpital le 3 mars dernier. Elle ne savait pas, et moi non plus, qu’elle allait y vivre les derniers instants de sa vie. Elle est décédée quelques jours plus tard. Rapidement, elle a été conduite à l’unité des soins de longue durée, au septième étage, peut-être au « septième ciel »…

Ce n’est pas facile d’accompagner sa mère jusqu’à son dernier souffle de vie. Il vient un temps où on ne sait plus quoi dire, quoi faire. On m’aurait donné des murs à laver, des planchers à cirer, des chaudrons à décoller, et j’aurais été emplie de joie. J’étais à son chevet, alors qu’elle dormait toujours d’un profond sommeil. Je lui parlais à l’oreille, je lui ai chanté des chansons qu’elle aimait, je l’ai embrassée, j’étais là, sans prise sur le destin, juste là, présence aimante, avec mes sœurs, nos conjoints, la famille.

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Parlez-vous aux morts?

mortPrise 1 : le chauffeur de limousine conduit à destination son passager de marque.  Prise 2 : le chauffeur exprime sa reconnaissance envers ce passager silencieux assis derrière: «Vous savez, vous avez été un homme bon.» L’homme d’affaire ou le politicien dans la quarantaine, en complet et cravate, reste impassible. Prise 3, dénouement : le chauffeur, thanatologue,  ouvre la portière arrière  de  son corbillard pour sortir le cercueil de son défunt client.

Quand on est la Corporation des Thanatologues du Québec, pas facile de trouver la manière de faire la promotion de sa profession. Alors on parle aux morts, à son père par exemple, comme dans cet autre vidéo : L’héritage. Le fils vient apparemment d’hériter de la résidence funéraire paternelle et de la profession: «C’est de toi que j’ai le plus appris, papa. Tu m’as appris à rassurer les gens, les consoler… » Puis on voit le corps inanimé du  père étendu sur la table d’embaumement.

Avec le multiculturalisme, les rites funéraires se sont diversifiés selon les croyances religieuses. Celle qui est commune à toutes, est de croire qu’il y a quelque chose après. Excepté pour les athées, et encore, ces pubs touchent une corde sensible religieuse chez tous.

Mais où est-elle, la personne trépassée? Qu’est-elle devenue? Quel est son mode d’existence? Ma foi chrétienne, mon espérance, je l’entends avec joie lors de funérailles : «Car pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux.»

À la Toussaint et le 2 novembre, les catholiques sont invités à penser à ceux et celles qui nous précèdent dans la résurrection. À leur parler, un peu à la manière de cette chanson touchante de Keith Kouna :

TouissaintPôpa je l’sais pas si tu veille
Pis je l’sais pas si tu m’entends
Disons qu’à soir j’ai le coeur dans’ bouteille
Pis le motton qui passe pas franc

Le 2 novembre, je laisserai encore une fois résonner en moi cette phrase d’Isaïe : «Le jour viendra où le Seigneur… détruira la mort pour toujours … il essuiera les larmes des visages.» Ça! le thanatologue ne peut pas le dire, du moins pas au nom de sa corporation.
Rémi Bourdon

Un petit homme devant la mort

petit homme devant la mortL’été dernier, un oiseau a perdu la vie en volant à pleine vitesse en direction de la fenêtre de la maison. L’impact a été mortel. Étienne, mon petit-fils de 3 ans, l’a trouvé par terre.  Il entre dans la maison à la course et me dit dans un souffle : « Mamie, dehors il y a un oiseau mort ». Je ramasse l’oiseau, et le dépose dans un sac en plastique.  « Mais Mamie », me dit-il, « tu ne vas pas le mettre dans la poubelle! C’était notre ami – parce que nous donnons régulièrement du pain aux oiseaux – on ne peut le mettre dans une poubelle… il faut l’enterrer.»  La sagesse est innée chez les enfants…

Toute une mise en scène a été préparée pour la mise en terre de l’oiseau. C’était sérieux!  Étienne a creusé un trou, Ariane, sa sœur aînée, a mis l’oiseau dans le trou, et papi a préparé un petit écriteau pour signifier où était enterré l’oiseau.  Ariane dit : « Il faut lui donner un nom! »  « Pourquoi lui donner un nom maintenant, il est mort et on ne l’a pas beaucoup connu», lui dis-je.  « Parce que, quand nous parlerons de lui, on dira pas L’OISEAU, on va dire ÉTOILE », dit-elle.  Et l’oiseau mort reçu le nom d’ÉTOILE.  C’est comme si cette mort faisait maintenant partie de notre vie.

La semaine dernière, mon père était en fin de vie. Il était couché dans un lit bien grand, à l’hôpital. Il respirait avec beaucoup de difficulté. Tout son corps s’étirait à la recherche d’un petit souffle. Il avait les yeux fermés; il semblait dormir ou bien concentrer à survivre. Étienne était est venu le voir avec sa mère.  Étienne était impressionné, il est resté à la porte de la chambre, mais regardait son arrière-grand-père en silence, avec un immense respect.

Dans la chambre, tout à côté, un patient ne cessait de se plaindre et de crier très fort : « Infirmière, infirmière, j’ai besoin d’aide,  infirmière, infirmière, j’ai faim, infirmière, j’ai soif… »  Étienne, après une bonne demie-heure de cris et de plaintes, entre dans la chambre du monsieur et lui dit : «  Chut! Mon grand-papi à moi, il fait dodo! »  L’homme l’a regardé et a dit : « Excuse-moi, je ne le savais pas ». Et on ne l’a plus entendu.

J’ai été très touchée par ce moment de vie.  Un petit garçon garde silence devant la mort, avec un infini respect des passages difficiles à vivre.

« On ne le verra plus grand-papa Georges? », m’a-t-il demandé.
« Non », lui ai-je répondu.
« Mais c’est comme ÉTOILE », dit-il, « on continuera à parler de lui et à
l’aimer »
« C’est ça mon petit homme… et ainsi, il continuera de vivre parmi nous. »

Faire confiance comme un enfant

J’ai fait récemment une célébration au salon funéraire. « Notre père aimait tellement ses petites-filles! On le sentait heureux quand il était entouré d’enfants».  En entendant sa fille me parler avec émotion de la tendresse de son père qui venait de mourir, cette phrase de Jésus est remontée  à ma mémoire : «Laissez les petits enfants venir à moi !» J’ai revisité ce texte évangélique pour l’occasion, que j’ai commenté en lien avec l’événement. Voici la réflexion que j’ai proposée à la famille endeuillée et aux nombreux amis réunis autour de la tombe de N… :

Laissez les petits enfants venir à moi ! Au temps de Jésus, on ne devait pas déranger les activités des hommes entre eux en y mêlant des enfants. C’était la culture du temps : les mères s’occupaient des enfants et pas question de s’approcher de Jésus avec la marmaille alors qu’il est entouré de monde qui l’écoute. Les disciples, en bons gardes du corps, repoussent les intrus. Mais surprise! Jésus dit : «Laissez les petits enfants venir à moi ! Ne les en empêchez pas, car le Royaume de Dieu appartient à ceux qui sont comme eux. Je vous le déclare, c’est la vérité : celui qui ne reçoit pas le Royaume de Dieu comme un enfant ne pourra jamais y entrer.» (Luc 18, 15-17)

 

Jésus est émerveillé par l’attitude naturelle  de confiance qu’il a observée tant de fois chez les tout-petits. Il le savait d’expérience : la vie d’un bébé dépend complètement des adultes qui l’entourent à commencer par sa mère et son père. L’enfant n’a pas le choix d’avoir confiance, c’est vrai. Mais pourquoi, quand on grandit, perd-on cette attitude, à force de compter sur soi-même, sur ses capacités? On fait encore confiance, oui, mais plus de façon absolue. Et même parfois, la méfiance finit par prendre le dessus.

Pourtant, il arrive que la vie nous plonge dans des situations où l’on doive faire absolument confiance. Parlez-en aux personnes qui ont subi des chirurgies majeures. Et qui ne sera pas confronté  à cette étape ultime où la vie même nous échappera? Pourtant qui ne désire pas vivre au-delà de la mort? Quel croyant ne désire pas entrer dans la vie éternelle, le Royaume de Dieu? Jésus nous dit : «Retrouvez en vous votre enfant intérieur qui est capable de faire entièrement vivre au-delà de la mortconfiance en ma Parole de vie. Face à la mort,  venez à moi comme un enfant! N… nous a quittés après une longue maladie, et quand il a su que la fin approchait, il a accepté. C’est entouré d’affection par son épouse et ses deux filles qu’il s’est éteint. Entouré d’affection comme un enfant, entouré d’affection certainement par Dieu le père de bonté qui l’a accueilli à sa table dans le ciel, parce que tiré de la mort par le Fils ressuscité.  Laissez venir à moi, par-delà la mort, l’enfant que vous êtes.

Rémi Bourdon