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Dieu a-t-il vraiment créé le mal ?

C’est la deuxième fois que je vis un moment d’une aussi grande intensité dans une rencontre de catéchèse sur le sujet de Dieu. La première fois, c’était il y a 10 ans avec un groupe d’ados de 14-17 ans qui cheminait vers la confirmation. La deuxième fois, c’était mercredi dernier avec un groupe de 50 jeunes adultes entre 20 et 35 ans qui font route aussi vers la confirmation de leur foi. Les jeunes m’ont amenée, les deux fois, à redevenir chercheur de Dieu, avec eux, et à aller creuser jusqu’aux fondements de ma foi.

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Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ? 2ème Partie.

Voici la deuxième partie de l’article mis en ligne lundi.

Si Dieu est bon, pourquoi le manque, le mal et la mort existent-ils?  Ce pourrait-il que Dieu soit malveillant?

“Vraiment ! Dieu a dit : Vous ne mangerez d’aucun des arbres du jardin ?” (Gn 3,1) Cette réplique du serpent, mais en scène cette voix trompeuse qui s’immisce en nous jusqu’à nous faire douter de la bienveillance de Dieu.  Le manque sur lequel le serpent appui, jusqu’à l’amplifier, est le rappel douloureux de notre condition de manque.   Nous avons beau nous raisonner, mais voilà le doute introduit dans le jardin, comme un point noir sur la feuille blanche, jusqu’à nous obséder complètement. Pourquoi, souffrir le manque de quelque chose?  Nous aimerions être tout, avoir tout, connaître tout, pour éviter de ressentir ce manque.

Ce désir de toute-puissance semble bien être originel, puisque dès son entrée dans le monde le nouveau-né part de ce sentiment du « tout », pour réaliser graduellement qu’il n’est pas tout et que malgré ses cris, il n’obtient pas tout. Dans le mouvement même de vouloir s’accaparer ce qu’il croit pouvoir faire sa sécurité et combler son manque il prend conscience de ses limites et de sa fragilité (sa nudité).  On n’a beau vouloir se cacher et couvrir sa nudité (Gn 3,7), le désir de perfection demeure toujours présent.

adam&eveL’origine du mal et de notre propre malheur semble bien venir de ce désir de complétude mal géré. En voulant colmater la faille de sa finitude en cherchant à se suffire à lui-même, l’Adam se  «  dé-crée ».  En niant son besoin de l’autre, autrement qu’en l’utilisant comme objet pour combler son manque, l’Adam se réduit à « posséder » plutôt qu’à « être ».  « Prendre » au lieu d’accueillir et se recevoir de l’Autre, voilà notre penchant (péché) originel qui nous entraîne vers notre propre malheur et notre destruction.

Pourquoi cette tentation de toute-puissance est-elle présente au cœur de notre vie? Cette dangereuse possibilité semble bien être la garantie de notre liberté.  La liberté dans laquelle Dieu nous a créés nous met dans la situation de choisir la voie de notre accomplissement.   Nous pouvons écouter la voix de notre Jardinier intérieur ou celle du serpent, c’est à dire celle de l’Esprit ou bien celle de la chair (nos pulsions primaires). Vous serez comme des dieux, dit le serpent (Gn 3,5).  Vous serez tout, sans limites et sans failles.  Nos pires réalisations humaines ne sont-elles pas liées à ce désir de s’élever au-dessus de tout, en se croyant rois et maîtres de tout ?  En se coupant de sa Source, l’Adam connaît les conséquences de ses choix.  A la fin du récit de la Genèse, les malédictions qui suivent la désobéissance (Gn 3, 14-24) (trop souvent interprétées comme la punition d’un Dieu vengeur) ne sont-elles pas plutôt les conséquences désastreuses de nos abus de pouvoirs, sur notre corps, sur l’autre, sur la nature ?  En voulant jouer aux dieux nous devenons pires que des bêtes.

Pourtant ce statut divin auquel nous aspirons, nous est offert gratuitement. Notre rédemption procède de l’accueil de la Vie de Dieu qui nous est donnée, sans s’imposer à nous.  C’est seulement en accueillant cette Vie divine et en acceptant d’y collaborer par le don de soi-même, que l’Adam est recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’Alliance intérieure entre Dieu-notre-Source et l’Adam que nous sommes, peut nous recréer chaque fois que nous y consentons. Le Christ (nouvel Adam), en nous montrant le chemin du Don, est venu nous rétablir dans cette Alliance de l’humain et du divin.

L’arbre de Vie est toujours accessible, au milieu de notre jardin intérieur.  La Vie de Dieu est offerte à quiconque accepte d’ouvrir la porte, vers l’intérieur, pour retourner au jardin, là où l’Amour vivifiant de Dieu nous attend toujours.  Cependant, le passage à travers le feu (les anges de feu postés à la porte du jardin (Gn 3,24)) s’avère être la voie obligée. Mourir à notre suffisance pour vivre de la Vie de Dieu, voilà un chemin de croix devenu chemin de Vie, en Jésus Christ.

Ce récit d’Adam et Eve possède la faculté de révéler bien plus encore, lorsqu’on accepte d’y entrer de l’intérieur, dans une rencontre en face à face avec soi-même, en vérité.  A chacun d’y puiser comme à une source.

A celui ou celle qui m’interpelle en disant :  Adam et Eve, tu crois encore à ça ? Je peux répondre, en vérité :  oui, j’y crois, mais de l’intérieur.

Pour en savoir plus sur une approche symbolique de la Bible on peut consulter entre autre le site de catéchèse biblique symbolique qui nous apprend à renouer avec l’antique pédagogie des Pères de l’Église.  http://catechese.free.fr/

Colette Beauchemin

Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ?

Comme je l’évoquais dans mon blogue précédent, bien des chrétiens se sentent dépourvus devant certains de leurs contemporains qui se considèrent débarrassés d’une religion aliénante et qui les relancent parfois en disant : Tu crois encore à ça, toi? ».

Le récit du jardin d’Eden représente, pour plusieurs québécois, l’emblème d’une religion infantilisante à laquelle on se sent mal à l’aise de s’associer.

Dernièrement, en faisant de l’animation catéchétique auprès de jeunes parents,  je me suis rendue compte à quel point, la mémoire collective est porteuse de vieilles images déformées sur ce récit fondateur.  Les plus courantes sont sans contredit celles de la pomme mangée par Eve, et du méchant Dieu qui chasse Adam et Eve du jardin merveilleux.  Cette histoire de désobéissance, où la faute de tous nos malheurs se retrouve sur le dos de la femme, continue de hanter notre inconscient collectif et alimenter l’humour macho.

Je proposais à ces parents de faire le ménage dans leurs vieilles représentations, d’abord pour faire honneur à leur intelligence et ensuite pour éviter de léguer leurs bibittes à leurs enfants.  Comment relier l’intelligence et la foi pour retrouver dans ce récit, une source de sens et de sagesse pour notre vie actuelle et pour notre avenir ?

Adam et Eve

Je suggère tout d’abord que le lecteur ou lectrice  de ce blogue aillent relire le texte dans une bible (Genèse chapitres 2 et 3) ou bien sur un site internet où le texte est accessible. http://www.bibledespeuples.org/ .  Je propose cette bonne traduction biblique, pour ceux et celles qui veulent s’apprivoiser à la lecture qui met en lien les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, en harmonique.  Cela évite une lecture fondamentaliste qui ne tiendrait pas compte de l’esprit dans lequel les textes ont été écrits.

Lorsque l’on parle du récit d’Adam et Eve, on peut concevoir facilement que ce récit ne soit pas à prendre au pied de la lettre.  Entre les blagues de premier degré et les savantes études exégétiques, peut-on retrouver une approche du texte qui puisse nourrir la vie spirituelle des croyants d’aujourd’hui?  Puisque la Bible a d’abord été transmise pour léguer un héritage spirituel, il convient de les approcher en tant que paraboles sur notre vie, en nous demandant constamment, pourquoi on nous dit ceci ou cela, en utilisant telle ou telle image? En approchant le récit du jardin d’Eden en se demandant, qu’a-t-il à nous révéler sur notre condition humaine, puisque c’est de cela dont il est question, le dialogue avec le texte peut commencer.  En réalité, quand on accepte d’entrer dans ce dialogue, Dieu lui-même se retrouve notre interlocuteur.  Il nous cherche en même tant que nous nous cherchons et cherchons à nous comprendre à travers le texte.  « Où es-tu Adam » ?  Dans ce jardin, qui est bel et bien à l’intérieur de nous, Dieu nous cherche pour nous apporter sa Vie.

L’Adam (du mot hébreu « adama » qui veut dire terreux) représente « l’être humain » en tant qu’homme ou femme.  Par cette image d’un être fait de poussière, c’est la fragilité de notre condition humaine qui nous est présentée.  Cette expérience de vulnérabilité est inhérente à notre condition d’être créé et mortel.  De cette conscience naît le questionnement sur notre origine et notre relation à cet Origine qu’on appelle Dieu.   Le récit du jardin d’Eden est porteur de cette question lancinante de l’être humain en quête de plénitude, du fait qu’il ressente si douloureusement sa finitude. Le sentiment de fragilité (ou de « nudité » en langage biblique) sera plus ou moins bien vécu selon le type de rapport que l’on entretient avec soi-même, avec l’autre et avec le Tout Autre.

Dans le récit on dit que Dieu lui façonne une aide qui lui vient du dedans (os de son ossature) (Gn 2,23).  Dès lors, l’Adam se mettra en chemin vers l’unification de son être.   L’Adam sera mis en relation avec son intériorité (femme) en vue de s’unir à elle pour trouver son harmonie.  Tous deux ne feront plus qu’un (Gn 2,24).  Chacun, chacune a besoin de se reconnaître dans cette quête de l’unification de son être (extérieur-intérieur) pour bien saisir l’enjeu présent dans la relation mise ne scène entre l’Adam et sa femme.

On dit dans le récit que l’Adam et sa femme étaient nus et n’éprouvaient aucune honte (Gn 2,25) mais voilà qu’ayant manger de l’arbre de la connaissance ils s’aperçoivent qu’ils sont nus et en éprouvent de la honte et de la peur. Ils se cachent. (Gn 3,10)  Attribuer une connotation sexuelle à cette scène est très éloignée de l’expérience que le récit cherche à mettre en lumière.  Cette image de nudité cherche plutôt à nous mettre en contact avec l’expérience de fragilité que nous éprouvons tous face à la souffrance et la mort qui caractérisent notre condition humaine.  N’est-ce pas cette expérience viscérale de se sentir vulnérable dans l’existence, qui nous fait douter de Dieu, allant même jusqu’à le percevoir comme malveillant ou bien rival ?  La voix du serpent reflète bien celle de notre insécurité qui déforme notre perception de la réalité, de nous-mêmes et de Dieu.

La suite de cet article sera publiée jeudi.

Colette Beauchemin