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3D

La semaine passée, je voulais bloguer à propos du film Pour l’amour de Dieu. Malheur ! Il ne jouait plus dans aucun cinéma de la rive sud… qu’à cela ne tienne, j’ai trouvé un aussi bon film, et j’en suis certaine : Jean XXIII, le pape du peuple.

http://fr.gloria.tv/?media=103440

http://gloria.tv/?media=103447

Romancé, mais fidèle à vie de Guiseppe Roncalli, ce film propose les gestes les plus marquant de sa vie : déroutement d’un train juif pour éviter le camp de concentration, soutien de travailleurs en grève recherchant la justice, fraternité avec les chrétiens non catholiques et surtout, mise en place du Concile Vatican II.

Le 22 septembre dernier, la CECC a diffusé une lettre aux jeunes catholiques portant sur la justice sociale. Elle se veut encourageante envers une jeunesse qui met en pratique l’Évangile et qui rend l’amour de Dieu visible et concrète.

Le mot clef de Jean XXIII : Dialogue, Dialogue, Dialogue… En parlant, en communiquant, il est possible de paver le chemin à la justice, la vérité, la liberté et la charité; quatre piliers qui mènent à la paix et qui seront les fondements de l’encyclique sociale de Jean XXIII, Pacem in terris.

http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/encyclicals/documents/hf_j-xxiii_enc_11041963_pacem_fr.html

Jean XXIII a voulu laisser en héritage un message de paix et de justice au monde. Le 11 octobre prochain, non seulement nous serons à la veille du 50e anniversaire (11 octobre 2012) d’ouverture du Concile, mais ce fera déjà 48 ans et demi (11 avril 1963) que Pacem in terris aura été donnée au monde.

Jeunes et moins jeunes, prenez le temps de lire cette lettre, courte, simple et accessible, et à regarder ce film. Ils sont porteurs d’espérance, pour le monde dans lequel nous vivons.

Céline Wakil

Des hommes et des dieux

Le 21 mai 1996, j’étais à l’abbaye cistercienne de Tamié, en Haute-Savoie, lorsque la nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre. Les sept moines de Tibhirine, enlevés dans la nuit du 26 mars, avaient été assassinés. Deux venaient de Tamié : le plus jeune, Christophe, âgé de 45 ans, et Paul, arrivé en Algérie en 1989. Je devais prononcer une conférence sur les hymnes liturgiques du poète Patrice de La Tour du Pin. Quelle parole pouvait traduire le profond silence qui émanait du chœur de Tamié ? C’est avec beaucoup d’émotion que je commençai mon entretien par l’hymne de La Tour du Pin pour la Toussaint :

Comme ils étaient baptisés sous ton Nom,

Qu’ils l’ont porté jusqu’à mort et passion,

Il t’a suffi de t’appeler en eux

Pour qu’ils revivent ! Alléluia !

Le titre du film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux est tiré du psaume 81 (82) : « Vous êtes des dieux… Pourtant, vous mourrez comme des hommes ». Ce film d’une grande intériorité relate avec sobriété des parcours d’hommes libres. Il met en scène l’engagement fidèle des moines cisterciens envers le petit village de Tibhirine (mot qui signifie « jardin » en berbère) et surtout leur vie quotidienne au monastère, rythmée par le travail et la prière.

moines

Pour avoir vécu quatre ans dans ma jeunesse à la Trappe d’Oka, je peux témoigner que la vie cistercienne est rendue avec justesse, même si l’aspect spirituel de cet engagement envers Dieu relève de l’indicible. Les comédiens sont tellement habités par le don de ces moines qu’ils deviennent eux-mêmes des passeurs, des témoins. Ils ont d’ailleurs vécu quelques semaines à Tamié avant le tournage pour s’imbiber de la vie monastique, s’initier aux us et coutumes de la communauté, apprendre les hymnes, former entre eux une fraternité.

On a parlé dans les médias français d’un grand film, d’une sorte de miracle, d’un instant de grâce qui nous marque. C’est vrai. Des hommes et des dieux nous conduit à une profondeur du cœur où les paroles et les silences sont des fenêtres qui ouvrent sur une authentique expérience spirituelle. Il faut voir ce film, et même le revoir, car le cinéma atteint ici un rare degré d’humanité, de pureté, de simplicité, de spiritualité. Pas étonnant qu’il ait remporté plusieurs récompenses, dont le Grand prix du jury au festival de Cannes, et qu’il ait été acheté dans plus de 50 pays. En France seulement, il a dépassé les 3 millions de spectateurs.

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Après «Les sept jours du Talion» ?

Je n’ai pas vu ce film, et je n’irai pas le voir. Mais les commentaires entendus et lus m’ont interrogé sur la manière dont une œuvre d’art doit ou ne doit pas atteindre le spectateur.

D’après une critique de cinéma, ce film  « ne prend pas partie et ne moralise en rien l’attitude de ce père à la dérive  (…) Certains pourront trouver cette absence de partie pris gênante, le film a le mérite de ne jamais tenter de nous influencer, et j’aime ça. »  (voir filmquebec sur overblog)

Que vaut une œuvre du septième art qui n’influence pas? Et si, malgré ce curieux déni, elle influençait, qu’apporte-elle à celui ou celle qu’elle rejoint? Qu’est-ce qu’elle nourrit dans ses émotions, ses affects, dans ses pulsions de vie ou de mort?  J’ose prétendre que « Les sept jours du talion » laisse des traces. Du moins, ce que j’en ai entendu et vu sur Youtube a eu de l’effet sur ma sensibilité, mon humanité.

Pour regarder ce  film sans qu’il m’influence, on me recommande en quelque sorte d’épouser l’état mental du chirurgien vengeur, Les_7_Jours_du_Talionêtre son alter ego, devenir étranger à moi-même, un spectateur glacial. Je suis capable d’entrer dans des bulles, mais pas dans celle-là.

Quelle est cette norme selon laquelle l’« œuvre d’art » doit faire abstraction de la dimension morale et s’aseptiser de toute intention d’influencer? Que fait-on des deux réactions que voici, montrant bien que ce film joue dans des couches profondes de l’être?
– « Ce film nous fait poser des questions personnelles et il y a même une sorte de morale. » – « Par moment, je ne regardais pas l’écran tout en approuvant complètement le courage du père de la petite fille décédée…D’où le choix de faire sa propre justice et d’aller en prison ou bien de laisser le système le faire et de savoir que le condamné ressortira sous peu.  Disons que ça fait réfléchir. ». Réactions lues sur cinoche.com.

Imaginons que Podz (Daniel Grou)  nous présente la suite de l’histoire dans un prochain film : « Les 77 nuits de Lamek » Dans ce deuxième film,  celui qui a été torturé serait alors vengé par la mort programmé du chirurgien tortionnaire et de ses intimes. Lamek est un personnage biblique qui décide de se venger soixante-dix-sept fois : « Lamek dit (…) : Si on me frappe, je tue un homme, si on me blesse, je tue un enfant. S’il faut tuer sept hommes pour venger Caïn, on en tuera soixante–dix–sept pour que je sois vengé ». (Genèse 4, 23-24)

Faux! Ce film a de l’influence. Il s’insinue dans nos pulsions et fait remonter des réactions primitives pré-morales.  La vengeance nourrit la violence de façon boulimique. Elle est  une spirale infernale. Elle détruit l’humain en nous, le sens de l’altérité, notre capacité de pardonner pour sauvegarder la vie.  L’Évangile fait appel au courage d’inverser ce mouvement, il propose un amour surdimensionné. « Père, pardonne-leur. » disait celui qui, innocent, pendant sept heures, avait été giflé, fouetté, puis crucifié. J’ose espérer que dans la pire atrocité que j’aurais à subir, poindrait toujours en moi la pulsation vacillante de la vie, du pardon.

TALION : vengeance qui consiste à faire subir à l’offenseur un dommage identique à celui qu’il a causé. La loi du Talion est souvent symbolisée par « oeil pour oeil, dent pour dent » (Encyclopédie Hachette 2001)

Rémi Bourdon

PS : J’irai certainement voir « La donation »