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Es-tu judéo-chrétien?

J’aime bien cette émission radio des «aurores» où il est question de tout et de rien, de sérieux et de futile, dans l’odeur du café et des toasts. Ce matin-là, au départ de l’émission, l’animateur jasait avec les chroniqueurs, des photos radar et des revenus substantiels qu’ils génèrent pour l’État. Quelqu’un rappelait que la visée de l’exercice était la sécurité routière, un objectif éducatif et éthique plutôt que financier. L’un d’eux évoqua le souvenir des contrôles de vitesse sur la longue route 175 qui traverse le parc des Laurentides. Les arrêts obligatoires aux barrières permettaient de chronométrer le temps entre l’entrée et la sortie. Tout véhicule qui arrivait avant son temps était immobilisé pour un temps, pour ramener la durée de la traversée au temps minimum permis. «Quelle attitude judéo-chrétienne!» clama alors un chroniqueur. Les oreilles me dressèrent. «Judéo-chrétien veut dire : tatillon! faiseur de petite morale!» Qui peut oser se dire judéo-chrétien après cela. L’émission passa à autre chose, mais pas moi, pas tout de suite. Dans ma bulle, comme un écho «Suis judéooooo-chrééééétien? »

onairLa gang se mit à parler d’Haïti, de la force d’âme de ces gens qui chantaient et qui priaient, et de la générosité étonnante des québécois. Aucun chroniqueur n’a dit qu’il y avait peut-être là une attitude judéo-chrétienne de part et d’autre. Puis, est venue sur le tapis l’affaire du coup de coude au hockey, avec ses conséquences graves pour la victime : convulsions et traumatisme crânien. «Trop violent le hockey, il faut que ça change!» clama-t-on. L’imposition de sanctions plus sévères est réclamée. Tiens! tiens! l’éthique et la morale se montrent le bout du nez. Serait-ce un réflexe …judéo-chrétien, que d’exiger réparation pour le tort commis, et changer la culture de la violence dans ce sport? Puis on est revenu sur les victimes des bandits à cravate… encore la morale qui affleure inévitablement, peut-être inspirée de la tradition jud…je présume.

Puis vint le tour de la critique de théâtre de faire sa chronique. Elle résume l’histoire de la pièce ou du film: un imposteur fait souffrir plein de monde, mais finit par se transformer en un être de bonté à travers la déchéance dans laquelle il est plongé. Elle termine en disant : «C’est une histoire de rédemption!». Oh! Qu’est-ce que je viens d’entendre? Mais personne des chroniqueurs n’a relevé cette expression on ne peut plus «culture judéo-chrétienne». Difficile de ne pas avoir des petits airs de famille, même quand on veut s’en dissocier.

Puis je me suis dit qu’il y a de ces expressions qui ont peut-être besoin de rédemption au regard des personnes qui ont un contentieux avec leur passé religieux. Cela m’engage à contribuer humblement à changer une certaine perception négative de notre héritage spirituel québécois.

Judéo-chrétien : Se dit des croyances et des valeurs morales communes au judaïsme et au christianisme Larousse Pratique. © 2005 Editions Larousse.

Rémi Bourdon

Science et foi : pour aller au-delà des oppositions simplistes (1ère partie)

Dans la culture médiatique de masse, qui domine et oriente aujourd’hui l’opinion, circulent nombre d’idées reçues sur la religion chrétienne.  Une des plus vivaces, qui refait périodiquement surface au gré des nouveautés du cinéma et de la littérature, présente la foi comme contraire à la raison, et plus spécifiquement, à la démarche scientifique.

La raison et la science ont dans la culture d’aujourd’hui un statut ambivalent.  Pendant longtemps, elles ont été  perçues de façon très positive par les penseurs, les politiques et les savants.  On fait généralement remonter cette réputation positive de la raison et de la science, et plus spécifiquement de la raison scientifique, au 17e siècle, à l’époque où  la méthode expérimentale s’est imposée dans les esprits (grâce à Bacon et son Novum Organum, Descartes et son Discours de la méthode) comme dans les faits (Galilée confirmant l’héliocentrisme, Torricelli découvrant la pression atmosphérique).  À cette époque, on a fait table rase des a priori philosophiques et théologiques de la tradition et on a fait de la méthode par observation et par expérimentation le critère du vrai en sciences naturelles.  Devant la splendeur des découvertes nouvellement acquises, il n’y avait plus à douter : le genre humain était engagé sur la voie de la connaissance vraie et du progrès, grâce à la science.

galaxie - AndromedeDepuis le milieu du 20e siècle cependant, science et raison ont connu une baisse de prestige.  Avec l’industrialisation du meurtre (Auschwitz) et la multiplication presque infinie de la puissance de destruction des armes (Hiroshima), les hommes ont compris, contrairement à ce qu’ils pensaient auparavant, que la route du véritable progrès ne s’ouvrait pas devant eux comme un large boulevard rectiligne, sur lequel il n’y aurait qu’à avancer librement, sans rencontrer d’autres obstacles que les propres limites de la raison humaine.  Aujourd’hui, 65 ans plus tard, nous sommes encore plus conscients que l’accroissement des capacités scientifiques et techniques de l’homme a son revers, et qu’il se conjugue avec l’accroissement de notre capacité de détruire l’environnement et d’aliéner économiquement l’homme, quand tout est soumis, y compris l’homme lui-même, à la logique marchande et au rythme inhumain du machinisme.

Ainsi, lorsqu’ils regardent le chemin parcouru depuis l’essor de la science moderne au 17e siècle, les habitants des sociétés techniquement avancées éprouvent un sentiment mitigé, qui explique le statut ambivalent qu’ont la raison et la science dans l’opinion.  Le récent développement du génie génétique, qui permet à l’homme de manipuler le vivant de façon absolument inouïe et qui permettra peut-être un jour de redéfinir les frontières de l’humain, ne fait que poser avec plus d’acuité le problème du développement scientifique.  Les horizons nouveaux qui se déploient sous nos yeux s’ouvrent parfois sur des perspectives extraordinairement prometteuses, mais des pans entiers de l’avenir restent couverts d’un épais brouillard, et ce brouillard masque peut-être l’écueil sur lequel l’humanité ira s’échouer, si, dans sa quête de la connaissance et du bonheur, elle n’agit pas avec assez de prudence.

Cela étant, tous ne s’encombrent pas de ces nuances lorsqu’il s’agit de traiter de l’épineuse question des relations entre science et foi.  Nous examinerons cela de plus près dans un prochain article.

À suivre…

Alex La Salle

La spiritualité avec ou sans Dieu?

J’ai assisté dernièrement à une conférence qui avait lieu au Centre Culturel Chrétien de Montréal www.centreculturelchretiendemontreal.org. Le sujet de la spiritualité avec ou sans Dieu, était abordé par trois témoins : Mme Rose Dufour, anthropologue, M. Bernard Émond, cinéaste et Mgr Gilles Lussier, évêque du diocèse de Joliette.

Les trois témoignages étaient forts intéressants et différents. Ils laissaient bien voir les contrastes et positions variées qui habitent dorénavant notre paysage québécois. Cela peut avoir l’avantage de provoquer chacun à se positionner et à inventer son propre chemin de sens et de vie. Mais je constate, également, que ce nouvel éclatement des croyances laisse bien des jeunes et des adultes dans une sorte de confusion qui les porte à remettre toujours à plus tard, la question du sens de la vie et de la spiritualité. On se laisse mener par l’urgence et on en oublie le sens du voyage.

De mon point de vue Mme Rose Dufour a livré un témoignage éloquent. Sa sensibilité et son authenticité traversaient ses paroles. Une femme intense qui travaille avec les femmes de la rue, les prostituées. Voici un extrait de son témoignage qui laisse transparaître l’essentiel de son propos.

Rose DufourComme anthropologue, ma profession m’amenait à l’étude de l’autre et je me suis sentie appelée à travailler avec les plus pauvres, au centre-ville de Québec. Je me suis mise à accompagner des femmes prostituées. Pour pouvoir les rejoindre, j’ai dû aller chercher ma pauvreté au fond de moi. C’est là que la parole du Christ m’a rejointe profondément : « Les prostituées vous précéderont dans le Royaume des cieux ».

En accompagnant ces femmes dans la recherche de ce qui les avaient menées là, j’ai eu accès à leur âme. En essayant de les aider à faire le point dans leur vie, j’assistais à leur métamorphose. C’était elles qui me reflétaient le plus précieux en moi. J’avais besoin d’elles avant qu’elles aient besoin de moi. Je comprenais que ce n’était pas le repentir qui leur donnait accès au Royaume, mais ce qu’elles étaient intérieurement. Ces femmes ont été façonnées pour devenir ce qu’elles sont. J’ai été éblouie devant la grandeur de l’être humain, enfouie sous la misère. J’avais la mission de les aider à se voir comme elles étaient vraiment. « Si tu voyais ce que je vois. Je voyais la vraie Lucie, Nancy, … Tu as le devoir de devenir qui tu es ».

Aujourd’hui Mme Dufour ressent deux grandes obligations dans sa vie : amener ces femmes à elles-mêmes et témoigner de ce qu’elle découvre à leur contact. C’est de cela dont elle témoigne dans son livre intitulé Je vous salue Marie… Éd. MultiMondes, 2005.

Lors de son intervention, M. Bernard Émond a d’abord senti le besoin de signifier son inconfort à parler de spiritualité. Il se présente comme un agnostique.

Bernard ÉmondJe crois, dit-il, que la vie est Mystère que l’on ne peut épuiser dans nos concepts et nos représentations.

Je me réclame plutôt d’une approche théologique qu’on appelle « apophatique » qui reconnaît l’indéfinissabilité de Dieu et qui insiste davantage sur ce que Dieu n’est pas, plutôt que sur ce que Dieu est. Si Dieu existe, comment expliquer la souffrance? Je sais que pour les croyants le silence de Dieu est la place de notre liberté mais pour moi son silence me crée problème.

Croire ce serait peut-être écouter le silence. Sous un tableau de Giorgio Morandi, je suis en présence du Mystère. L’austérité de l’œuvre, tout en dégageant une beauté poignante, nous met devant la question : Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien? La beauté du monde et la musique de Bach, donnent le sentiment d’une présence ou du moins le sentiment du précieux; sentiment qui nous invite à sortir de nous-mêmes et à aller vers l’autre. Sortir de soi, c’est aussi s’extasier. Je me limite à cela, car je ne saurais en dire plus. J’écoute et j’essaie d’être attentif. Au nom de la religion, il y a eu des horreurs. Pour moi la question éthique est centrale, peu importe les croyances. Pour moi les croyances ne sont, à la limite, que des décorations. C’est le résultat qui compte. C’est le message central que j’ai voulu livrer dans mon dernier film : « Je crois qu’il faut servir » (La Donation).

Mes trois films sur les vertus théologales laissent voir que je suis tout de même attaché aux décorations que la religion m’a laissées. Je me sens chez-moi dans une église. J’y suis attaché à cause de sa beauté, de ses métaphores qui peuvent orienter la vie. J’ai la certitude de la nécessité des traditions car je vois les ravages de la déculturation. Tradition et transmission sont des éléments d’une vie riche. Anton Tchekhov a écrit : « Ce qui a eu lieu il y a 2000 ans a quelque chose à voir avec le présent. Le passé est lié au présent par une chaîne ininterrompue remplie d’une haute signification ».

Je ne peux conclure sur le sujet de la spiritualité « avec » ou « sans » Dieu. Si la vie est vécue sans le sentiment du plus grand que nous, la vie est vide. Ce qui compte pour moi, c’est de s’engager dans quelque chose qui nous dépasse et qui donne de la valeur à la vie.

De son côté, Mgr Gilles Lussier a témoigné principalement de l’importance de la parole de Dieu dans son cheminement et en quoi elle donne sens à tous ses engagements.

Gilles LussierAu début de ma quête spirituel, comme Samuel le prophète, j’étais à l’écoute de mon appel : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » Je demandais au Seigneur : « que veux-tu que je fasse de ma vie? »

Dans mon enfance, les films que je voyais sur les colonies éveillaient mon désir missionnaire. Comme l’appel de Moïse au buisson ardent, je me sentais appelé à m’engager auprès de ceux qui souffrent.

En écho à cet appel de Dieu au buisson ardent, une parole de Teilhard de Chardin a donné sens à tous mes engagements : « Je crois en l’homme comme Dieu y croit ». Cette parole a marqué ma manière d’être avec les autres et ma manière de prier.

La parole de Dieu me permet de relire ma vie, la vie de l’Église, du monde, et m’aide à m’ouvrir avec confiance et sérénité à plus de Vie.

Je suis persuadé que la quête spirituelle peut emprunter plusieurs voies. Au?delà des structures confessionnelles, nous pouvons nous sentir solidaires d’une spiritualité commune où l’on se rejoint dans le renoncement à l’égoïsme et dans le don de soi.

Dans l’amour, c’est le mystère de l’être humain qui est en jeu. Pour moi, c’est Dieu lui-même que l’on expérimente dans l’amour.

Ces témoignages ont été suivis de questions de la part des participants. Cela a permis de pousser plus loin certains points abordés par les témoins.

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Haïti : l’après les opérations d’urgence, œuvrons au développement pour la paix.

L’onde de choc provoquée par le tremblement de terre en Haïti a suscité un mouvement de générosité qui a fait le tour du monde. Ainsi, des dizaines de millions de dollars ont été acheminés en aide d’urgence pour le sauvetage des sinistrés. Mais qu’arrivera-t-il à Haïti lorsque notre sentiment d’urgence cédera progressivement la place au désir de passer à autres choses? Alors qu’on estime que les efforts de reconstruction s’étaleront sur au moins une dizaine d’année, notre agitation des dernières semaines ne s’estompera-t-elle pas comme ces bons sentiments suscités par toutes ces Guignolées éphémères?

Par ailleurs, quelle sera la place laissée au peuple haïtien dans l’élaboration des plans de reconstruction et de relance. Tout le monde ne s’entend pas sur l’objectif de l’aide apportée actuellement et certains suggèrent même une mise sous tutelle de l’État haïtien. Mais, au delà des problèmes engendrés par le séisme du 12 janvier dernier, les problèmes du peuple haïtien ne sont-ils pas liés justement de  l’ingérence  extérieure? Mgr Silvano M. Tomasi, (représentant permanent du Saint-Siège aux Nations Unies) rappelle l’importance du principe de « subsidiarité » et demande que cette aide « offre tout d’abord aux Haïtiens la capacité de reconstruire eux-mêmes les infrastructures dont ils ont besoin et de ré-assumer leurs responsabilités politiques et sociales ». (ROME, Jeudi 28 janvier 2010 (ZENIT.org)

Fidèle à ce principe, l’Organisation catholique pour le développement et la paix (Développement et Paix) privilégie un type d ‘aide fondé sur le long terme et le respect de la souveraineté des peuples.  Bien que ce ne soit pas d’hier que Développement et Paix apporte une aide d’urgence à Haïti. En 2004, suite au passage de l’ouragan Jeanne ou en 2008 après plusieurs cyclones, Développement et Paix a permis de soutenir l’effort de reconstruction, la relance de la production agricole et de plusieurs activités communautaires, notamment dans des localités rurales laissées à elles-mêmes. Suite au dernier séisme, Développement et Paix a déjà amassé près de 2 000 000,00$ en fonds d’urgence  acheminés via Caritas Haïti, son partenaire principal dans le pays. www.devp.org

Mais les opérations d’urgence ne constituent pas la principale activité de Développement et Paix dans les pays du Sud. Son approche basée sur le développement dans le respect du principe de souveraineté, l’a amené, en Haïti,  à créer des partenariats avec sept organismes intervenant aux plans local ou national. Ce sont des groupes de femmes, des ONG en appui à la production agricole et des organisations de jeunes. Par le soutien technique et financier apporté à ces partenaires, Développement et Paix contribue au développement de l’agriculture, la promotion des femmes rurales, la formation de leaders chez les jeunes, le soutien à la vie communautaire.

Considérant tous ces faits, Développement et Paix constitue sans aucun doute, une référence importante, pour qui veut que le développement à long terme, dans le respect de la souveraineté des peuples,  prévale à la fois sur les aides ponctuelles et sur les intérêts particuliers de certaines entreprises ou nations.

Daniel Pellerin

Pour en savoir plus sur le Pape Benoît XVI…

Comme je n’ai jamais participé à un « blogue », je vais sûrement être maladroite pour cette première chronique. Je sais qu’il faut que je parle en terme de « je », que mon texte soit intéressant, qu’il inspire les lecteurs et amorce un dialogue. Mais je ne sais pas vraiment comment m’y prendre !!! Je me lance quand même.

Pour cette initiation, j’ai décidé de vous parler des parutions de notre pasteur à tous, le pape Benoît XVI. En 2009, il a beaucoup publié mais la bibliothèque n’a acheté que trois titres.

Le premier de ces livres a été publié en mars dernier aux éditions Tempora. Il a pour titre « Conversation avec Benoît XVI ». Voici un extrait du dos de la jaquette :

« Cet ouvrage sélectionne les extraits les plus percutants des rencontres de Benoît XVI avec des catholiques, prêtres, religieux ou laïcs. Un livre qui rassemble les questions que nous, chrétiens ordinaires, aurions voulus poser au successeur de saint Pierre. »

Ces confidences portent sur différents sujets comme la souffrance, les défis de la foi, la Bible, l’Église, le mariage, le clergé, etc. Les sources y sont mentionnées et les textes sont assez courts pour permettre une réponse claire et une synthèse de la pensée du pape sur le sujet abordé.

Puis en juin, notre pape a signé une lettre encyclique sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité : « Caritas in veritate ». Cette encyclique parle de l’amour dans la vérité. Le pape invite à la réflexion.

Caritas in Veritate « approfondit la réflexion ecclésiale sur une question sociale capitale pour l’humanité, en particulier si on en réfère à ce qu’écrivait Paul VI en 1967 dans l’Encyclique Populorum Progressio ». Le nouveau texte ne prétend pas apporter de solutions pratiques aux grands problèmes sociaux de notre monde mais veut rappeler les principes fondamentaux d’un véritable développement humain. C’est pourquoi il porte son attention sur la vie de l’homme, élément de tout véritable progrès, sur le respect de la liberté religieuse et une vision prométhéenne de l’homme, considéré comme simple artifice de son propre destin ». (Benoît XVI)

Le pape nous entretient de mondialisation, d’écologie, de fraternité. Cette encyclique présente certains aspects du développement durable dans le respect de la dignité de l’homme. Voici un extrait de la présentation du cardinal André Vingt-Trois que vous retrouverez sur Internet:

« Ce message d’espérance est le suivant : l’humanité a la mission et les moyens de maîtriser le monde dans lequel nous vivons. Non seulement elle n’est pas soumise à une fatalité, mais encore elle peut transformer ce monde en agissant sur les événements et faire progresser la justice et l’amour dans les relations humaines, y compris dans le domaine social et économique, et même dans une période de crise comme celle que nous connaissons. »

Finalement, je vous suggère une présentation et des commentaires du Collège des Bernardins sous la direction de Mgr Jérôme Beau : « L’Amour dans la vérité ». Ce volume, en plus du texte de l’encyclique, renferme un guide de lecture, plusieurs commentaires et diverses réactions qui vous aiderons sûrement à comprendre l’enseignement social de l’Église vue par Benoît XVI . Voici un court extrait de la présentation de Mgr Beau :

« En ouvrant cette lettre encyclique sur la Doctrine sociale de l’église, Benoît XVI met l’homme comme source et sommet de sa réflexion sur le développement. Celui-ci ne pourra jamais se résumer aux questions économiques mais devra rejoindre celui de l’homme en son intégralité. L’humanité puise dans son désir d’aimer sa force et son engagement dans la vie de la société. C’est par sa capacit d’aimer que se construisent ses relations familiales et d’amitiés. Le développement intégral de la personne humaine doit donc prendre en compte cette réalité de l’homme qui, pour être au service de la liberté, doit s’allier à la vérité. »

Voici donc mes trois suggestions de lecture. Vous trouverez ces titres à la bibliothèque du diocèse ou dans toute bonne librairie religieuse. J’inclus à la fin du texte des lectures complémentaires. J’attends vos réactions ou d’autres titres pour aller plus loin. A la prochaine.

À lire pour en savoir plus:

Johanne Lefebvre

Un capteur de rêve pareil et différent

À quelles conditions peut-on prendre un objet symbolique d’une culture autre que chrétienne et en faire un objet symbolique chrétien? La question m’a été posée parce que, dans le parcours catéchétique Mène-nous vers Jérusalem, j’ai transformé le capteur de rêve amérindien en capteur de rêve chrétien. Je ne crois pas avoir perverti le sens de cet objet si je me fie à ce qu’un artiste amérindien, Nick Huard, dit des capteurs de rêve qu’il fabrique. Pour lui, ils rappellent, entre autres,  «à chacun de nous de poursuivre le rêve que le Créateur a mis dans notre cœur.» (voir ici)

Il n’est pas étonnant que les diverses cultures utilisent souvent des objets semblables pour exprimer leur vision du monde et la destinée humaine, les désirs et les «rêves» communs à tous les peuples à travers les temps. Ce qui montre bien l’unité profonde de l’humanité, son âme religieuse. Et le rêve est une activité psychique universelle qui souvent nous branche sur des questions vitales, à travers des images, des «vidéos-clips» surgissant de notre inconscient pour nous secouer. Je trouve fascinant que la culture amérindienne ait été la seule à produire un tel objet symbolique, pour signifier qu’il faut prendre ses rêves au sérieux.

Dans la culture judéo-chrétienne aussi, les rêves, ou songes, ont de l’importance : la Bible les considère comme une façon pour Dieu de se révéler. Les livres bibliques racontent  de nombreuses histoires de rêves célèbres, ou de visions nocturnes, qui manifestent la présence active de Dieu. J’en ai répertorié une quinzaine. Jacob a un songe qui va le marquer pour la vie : une échelle qui relie le ciel et la terre. Quand il se réveille, il dit : «Vraiment le Seigneur est ici, mais je ne le savais pas.» (Genèse 28, 10-16). L’évangile de Matthieu raconte les rêves de Joseph et des mages et mentionne celui de la femme de Pilate.

Oui Dieu a des rêves sur nous! Mais comment nous les fait-Il connaître et comment fait-on pour les capter? Un des symboles porteur du message divin est la colombe qui représente l’Esprit saint. Comme l’échelle de Jacob, elle établit la liaison entre le ciel et la terre. Saint Paul affirme : «L’Esprit parle à notre esprit.» Oui nous pouvons capter des rêves quand nous nous réveillons subitement : notre esprit peut les mémoriser et les interpréter. Mais pour capter le rêve de Dieu, il faut l’aide de l’Esprit en nous. Voilà ce que j’ai voulu représenter symboliquement, en remaniant le capteur de rêve amérindien, et en plaçant au centre le symbole de la colombe, déjà largement utilisé comme symbole chrétien.

Je n’ai rien fait de nouveau en prenant un objet symbolique non chrétien pour le transformer. Rappelons-nous que Noël est une fête païenne transformée en fête chrétienne au 4ième siècle. (voir ici). Et que dire de la croix? Marc Girard, un bibliste, écrit dans son livre (Les symboles dans la bible p.613): «Étonnamment riche, le mystère de la croix! Et – phénomène trop peu connu- les chrétiens sont loin d’en avoir le monopole : le symbole fait partie du patrimoine culturel et religieux de toute l’humanité.»

Tout objet, ou geste symbolique, révèle son sens particulier par la parole qui l’accompagne, parole dite, ou implicite dans la mémoire individuelle ou collective. Le fait de verser de l’eau sur la tête d’une personne ne signifie pas qu’on est en train de la baptiser. Il faut les paroles qui en donnent la signification : «Je te baptise au nom du Père….»

Merci à nos sœurs et frères amérindiens qui se tournent vers le Grand Esprit !

Rémi Bourdon, prêtre