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Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ? 2ème Partie.

Voici la deuxième partie de l’article mis en ligne lundi.

Si Dieu est bon, pourquoi le manque, le mal et la mort existent-ils?  Ce pourrait-il que Dieu soit malveillant?

“Vraiment ! Dieu a dit : Vous ne mangerez d’aucun des arbres du jardin ?” (Gn 3,1) Cette réplique du serpent, mais en scène cette voix trompeuse qui s’immisce en nous jusqu’à nous faire douter de la bienveillance de Dieu.  Le manque sur lequel le serpent appui, jusqu’à l’amplifier, est le rappel douloureux de notre condition de manque.   Nous avons beau nous raisonner, mais voilà le doute introduit dans le jardin, comme un point noir sur la feuille blanche, jusqu’à nous obséder complètement. Pourquoi, souffrir le manque de quelque chose?  Nous aimerions être tout, avoir tout, connaître tout, pour éviter de ressentir ce manque.

Ce désir de toute-puissance semble bien être originel, puisque dès son entrée dans le monde le nouveau-né part de ce sentiment du « tout », pour réaliser graduellement qu’il n’est pas tout et que malgré ses cris, il n’obtient pas tout. Dans le mouvement même de vouloir s’accaparer ce qu’il croit pouvoir faire sa sécurité et combler son manque il prend conscience de ses limites et de sa fragilité (sa nudité).  On n’a beau vouloir se cacher et couvrir sa nudité (Gn 3,7), le désir de perfection demeure toujours présent.

adam&eveL’origine du mal et de notre propre malheur semble bien venir de ce désir de complétude mal géré. En voulant colmater la faille de sa finitude en cherchant à se suffire à lui-même, l’Adam se  «  dé-crée ».  En niant son besoin de l’autre, autrement qu’en l’utilisant comme objet pour combler son manque, l’Adam se réduit à « posséder » plutôt qu’à « être ».  « Prendre » au lieu d’accueillir et se recevoir de l’Autre, voilà notre penchant (péché) originel qui nous entraîne vers notre propre malheur et notre destruction.

Pourquoi cette tentation de toute-puissance est-elle présente au cœur de notre vie? Cette dangereuse possibilité semble bien être la garantie de notre liberté.  La liberté dans laquelle Dieu nous a créés nous met dans la situation de choisir la voie de notre accomplissement.   Nous pouvons écouter la voix de notre Jardinier intérieur ou celle du serpent, c’est à dire celle de l’Esprit ou bien celle de la chair (nos pulsions primaires). Vous serez comme des dieux, dit le serpent (Gn 3,5).  Vous serez tout, sans limites et sans failles.  Nos pires réalisations humaines ne sont-elles pas liées à ce désir de s’élever au-dessus de tout, en se croyant rois et maîtres de tout ?  En se coupant de sa Source, l’Adam connaît les conséquences de ses choix.  A la fin du récit de la Genèse, les malédictions qui suivent la désobéissance (Gn 3, 14-24) (trop souvent interprétées comme la punition d’un Dieu vengeur) ne sont-elles pas plutôt les conséquences désastreuses de nos abus de pouvoirs, sur notre corps, sur l’autre, sur la nature ?  En voulant jouer aux dieux nous devenons pires que des bêtes.

Pourtant ce statut divin auquel nous aspirons, nous est offert gratuitement. Notre rédemption procède de l’accueil de la Vie de Dieu qui nous est donnée, sans s’imposer à nous.  C’est seulement en accueillant cette Vie divine et en acceptant d’y collaborer par le don de soi-même, que l’Adam est recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’Alliance intérieure entre Dieu-notre-Source et l’Adam que nous sommes, peut nous recréer chaque fois que nous y consentons. Le Christ (nouvel Adam), en nous montrant le chemin du Don, est venu nous rétablir dans cette Alliance de l’humain et du divin.

L’arbre de Vie est toujours accessible, au milieu de notre jardin intérieur.  La Vie de Dieu est offerte à quiconque accepte d’ouvrir la porte, vers l’intérieur, pour retourner au jardin, là où l’Amour vivifiant de Dieu nous attend toujours.  Cependant, le passage à travers le feu (les anges de feu postés à la porte du jardin (Gn 3,24)) s’avère être la voie obligée. Mourir à notre suffisance pour vivre de la Vie de Dieu, voilà un chemin de croix devenu chemin de Vie, en Jésus Christ.

Ce récit d’Adam et Eve possède la faculté de révéler bien plus encore, lorsqu’on accepte d’y entrer de l’intérieur, dans une rencontre en face à face avec soi-même, en vérité.  A chacun d’y puiser comme à une source.

A celui ou celle qui m’interpelle en disant :  Adam et Eve, tu crois encore à ça ? Je peux répondre, en vérité :  oui, j’y crois, mais de l’intérieur.

Pour en savoir plus sur une approche symbolique de la Bible on peut consulter entre autre le site de catéchèse biblique symbolique qui nous apprend à renouer avec l’antique pédagogie des Pères de l’Église.  http://catechese.free.fr/

Colette Beauchemin

Adam et Eve ! Tu crois encore à ça ?

Comme je l’évoquais dans mon blogue précédent, bien des chrétiens se sentent dépourvus devant certains de leurs contemporains qui se considèrent débarrassés d’une religion aliénante et qui les relancent parfois en disant : Tu crois encore à ça, toi? ».

Le récit du jardin d’Eden représente, pour plusieurs québécois, l’emblème d’une religion infantilisante à laquelle on se sent mal à l’aise de s’associer.

Dernièrement, en faisant de l’animation catéchétique auprès de jeunes parents,  je me suis rendue compte à quel point, la mémoire collective est porteuse de vieilles images déformées sur ce récit fondateur.  Les plus courantes sont sans contredit celles de la pomme mangée par Eve, et du méchant Dieu qui chasse Adam et Eve du jardin merveilleux.  Cette histoire de désobéissance, où la faute de tous nos malheurs se retrouve sur le dos de la femme, continue de hanter notre inconscient collectif et alimenter l’humour macho.

Je proposais à ces parents de faire le ménage dans leurs vieilles représentations, d’abord pour faire honneur à leur intelligence et ensuite pour éviter de léguer leurs bibittes à leurs enfants.  Comment relier l’intelligence et la foi pour retrouver dans ce récit, une source de sens et de sagesse pour notre vie actuelle et pour notre avenir ?

Adam et Eve

Je suggère tout d’abord que le lecteur ou lectrice  de ce blogue aillent relire le texte dans une bible (Genèse chapitres 2 et 3) ou bien sur un site internet où le texte est accessible. http://www.bibledespeuples.org/ .  Je propose cette bonne traduction biblique, pour ceux et celles qui veulent s’apprivoiser à la lecture qui met en lien les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, en harmonique.  Cela évite une lecture fondamentaliste qui ne tiendrait pas compte de l’esprit dans lequel les textes ont été écrits.

Lorsque l’on parle du récit d’Adam et Eve, on peut concevoir facilement que ce récit ne soit pas à prendre au pied de la lettre.  Entre les blagues de premier degré et les savantes études exégétiques, peut-on retrouver une approche du texte qui puisse nourrir la vie spirituelle des croyants d’aujourd’hui?  Puisque la Bible a d’abord été transmise pour léguer un héritage spirituel, il convient de les approcher en tant que paraboles sur notre vie, en nous demandant constamment, pourquoi on nous dit ceci ou cela, en utilisant telle ou telle image? En approchant le récit du jardin d’Eden en se demandant, qu’a-t-il à nous révéler sur notre condition humaine, puisque c’est de cela dont il est question, le dialogue avec le texte peut commencer.  En réalité, quand on accepte d’entrer dans ce dialogue, Dieu lui-même se retrouve notre interlocuteur.  Il nous cherche en même tant que nous nous cherchons et cherchons à nous comprendre à travers le texte.  « Où es-tu Adam » ?  Dans ce jardin, qui est bel et bien à l’intérieur de nous, Dieu nous cherche pour nous apporter sa Vie.

L’Adam (du mot hébreu « adama » qui veut dire terreux) représente « l’être humain » en tant qu’homme ou femme.  Par cette image d’un être fait de poussière, c’est la fragilité de notre condition humaine qui nous est présentée.  Cette expérience de vulnérabilité est inhérente à notre condition d’être créé et mortel.  De cette conscience naît le questionnement sur notre origine et notre relation à cet Origine qu’on appelle Dieu.   Le récit du jardin d’Eden est porteur de cette question lancinante de l’être humain en quête de plénitude, du fait qu’il ressente si douloureusement sa finitude. Le sentiment de fragilité (ou de « nudité » en langage biblique) sera plus ou moins bien vécu selon le type de rapport que l’on entretient avec soi-même, avec l’autre et avec le Tout Autre.

Dans le récit on dit que Dieu lui façonne une aide qui lui vient du dedans (os de son ossature) (Gn 2,23).  Dès lors, l’Adam se mettra en chemin vers l’unification de son être.   L’Adam sera mis en relation avec son intériorité (femme) en vue de s’unir à elle pour trouver son harmonie.  Tous deux ne feront plus qu’un (Gn 2,24).  Chacun, chacune a besoin de se reconnaître dans cette quête de l’unification de son être (extérieur-intérieur) pour bien saisir l’enjeu présent dans la relation mise ne scène entre l’Adam et sa femme.

On dit dans le récit que l’Adam et sa femme étaient nus et n’éprouvaient aucune honte (Gn 2,25) mais voilà qu’ayant manger de l’arbre de la connaissance ils s’aperçoivent qu’ils sont nus et en éprouvent de la honte et de la peur. Ils se cachent. (Gn 3,10)  Attribuer une connotation sexuelle à cette scène est très éloignée de l’expérience que le récit cherche à mettre en lumière.  Cette image de nudité cherche plutôt à nous mettre en contact avec l’expérience de fragilité que nous éprouvons tous face à la souffrance et la mort qui caractérisent notre condition humaine.  N’est-ce pas cette expérience viscérale de se sentir vulnérable dans l’existence, qui nous fait douter de Dieu, allant même jusqu’à le percevoir comme malveillant ou bien rival ?  La voix du serpent reflète bien celle de notre insécurité qui déforme notre perception de la réalité, de nous-mêmes et de Dieu.

La suite de cet article sera publiée jeudi.

Colette Beauchemin

Science et foi : pour aller au-delà des oppositions simplistes (2e partie)

On ne compte plus les livres, les documentaires, les magazines de vulgarisation qui nous informent des dernières découvertes scientifiques ou attirent notre attention sur les plus prometteuses avancées des chercheurs en astrophysique, en biologie, en paléontologie.  L’abondance de cette documentation nous permet de mieux apprécier les progrès de la recherche et la fécondité de la démarche scientifique.  La diffusion continue des connaissances en médecine, en chimie, en neuropsychologie, actualise notre savoir et renforce notre conviction que la science moderne mérite l’éloge qu’on lui adresse depuis qu’elle a commencé à donner des preuves de son efficacité et à transformer durablement notre compréhension du monde, il y a quatre siècles.  Un bref rappel historique suffit d’ailleurs à nous convaincre que la contribution des sciences au développement de l’humanité est tout simplement inestimable.

Combien nos connaissances ont évoluées, combien notre vision du monde a changée depuis que la raison scientifique nous a permis de repousser, jusqu’en des limites insoupçonnées, les frontières mouvantes de l’espace et du temps!  Après avoir sillonné toutes les mers, quadrillé toutes les terres, conquis jusqu’aux pôles, l’homme est parvenu à marcher sur la lune.  Il lorgne maintenant du côté de Mars, tout en balayant l’univers de ses ondes, pour recenser, à des milliards d’années-lumière d’ici, tout un bric-à-brac de quasars, de pulsars et autres avatars stellaires éparpillés dans ce gigantesque bazar.  Parallèlement, d’humbles et patientes recherches en géologie, en biologie, en préhistoire nous ont permis de donner un âge à la Terre, à la vie, ainsi qu’à l’homme, cette créature ravagée par ses rêves d’éternité.  C’est d’ailleurs grâce aux fascinants travaux des préhistoriens que nous pouvons aujourd’hui dater, de façon assez certaine, l’apparition du sentiment religieux chez l’être humain :

«  Pour la première fois, il y a 100 000 ans ou 80 000 ans, avec les plus anciens Néandertaliens d’Europe occidentale, les Hommes enterrent leurs morts. […]  Ces sépultures marquent l’apparition des rites funéraires, en particulier d’offrandes déposées parfois dans la fosse qui témoignent sans doute d’une croyance en une vie future après la mort, c’est-à-dire d’un sentiment religieux. » 1

Cette expansion de la connaissance aux dimensions de l’espace et du temps cosmiques donne le vertige.  Elle nous fait prendre conscience de notre petitesse et de notre fugacité, par contraste avec les dimensions et l’âge de l’univers. 2 « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie », confessait déjà Pascal, au XVIIe siècle.  « Qu’est-ce que le spasme de vivre? » demandait quant à lui Nelligan, traduisant ainsi l’angoisse de l’être humain devant la mort.  Mais l’accumulation des connaissances nouvelles n’est pas non plus sans produire, à l’inverse, une certaine ivresse, une griserie, une exaltation.  Après tout, ce nouveau savoir grandit l’homme, il prouve sa supériorité sur toutes les autres créatures et accroît formidablement son emprise sur la matière.

Sépulture néanderthalienne de La-Chapelle-aux-Sainte (France)

Sépulture néanderthalienne de La-Chapelle-aux-Saints (France)

Malheureusement, cette exaltation, cette surchauffe de l’esprit fait parfois perdre le sens de la mesure, brouille l’intelligence et engendre de regrettables dérives de la pensée et du cœur.  Alors la science change de visage : elle n’est plus cette humble et méthodique démarche de la raison, en progression vers une compréhension toujours plus juste et plus adéquate des phénomènes de la nature ; par une sorte de mutation, de saut qualitatif injustifiable, que seul l’arbitraire de la passion peut expliquer, elle revêt un caractère sacré, elle acquiert une valeur absolue, elle devient le référent incontestable, la source de la vérité et du bien, au détriment d’autres modes de connaissance.

Si cette « absolutisation » n’est pas toujours explicitement revendiquée dans le discours, elle est souvent implicitement assumée dans la pratique et révélée par les comportements.    Dans un monde où la rationalité technique domine et où la science joue le rôle de référent ultime, d’ultime autorité, la raison expérimentale tend à devenir une idole, la recherche scientifique, un rituel ésotérique, les savants, des prêtres qui nous montrent la voie du bonheur, les laboratoires, des églises où l’humanité se régénère et espère trouver le secret de la vie éternelle.  On bascule alors dans le scientisme, cette doctrine qui fait de la science une religion et qui prétend résoudre (ou du moins désactiver) les problèmes philosophiques et métaphysiques grâce à la science.

Nous verrons où cela peut nous conduire dans un prochain article.

Alex La Salle

1 de Lumley, Henry, L’Homme premier, Odile Jacob, Paris, 2000, 221 p.
2 Dans Poussières d’étoiles (édition mise à jour en 2008), Hubert Reeves nous apprend que, selon les estimations actuelles des astrophysiciens, l’univers a environ 14 milliards d’années et qu’il s’étend sur cent mille milliards de milliards de kilomètres.

Après «Les sept jours du Talion» ?

Je n’ai pas vu ce film, et je n’irai pas le voir. Mais les commentaires entendus et lus m’ont interrogé sur la manière dont une œuvre d’art doit ou ne doit pas atteindre le spectateur.

D’après une critique de cinéma, ce film  « ne prend pas partie et ne moralise en rien l’attitude de ce père à la dérive  (…) Certains pourront trouver cette absence de partie pris gênante, le film a le mérite de ne jamais tenter de nous influencer, et j’aime ça. »  (voir filmquebec sur overblog)

Que vaut une œuvre du septième art qui n’influence pas? Et si, malgré ce curieux déni, elle influençait, qu’apporte-elle à celui ou celle qu’elle rejoint? Qu’est-ce qu’elle nourrit dans ses émotions, ses affects, dans ses pulsions de vie ou de mort?  J’ose prétendre que « Les sept jours du talion » laisse des traces. Du moins, ce que j’en ai entendu et vu sur Youtube a eu de l’effet sur ma sensibilité, mon humanité.

Pour regarder ce  film sans qu’il m’influence, on me recommande en quelque sorte d’épouser l’état mental du chirurgien vengeur, Les_7_Jours_du_Talionêtre son alter ego, devenir étranger à moi-même, un spectateur glacial. Je suis capable d’entrer dans des bulles, mais pas dans celle-là.

Quelle est cette norme selon laquelle l’« œuvre d’art » doit faire abstraction de la dimension morale et s’aseptiser de toute intention d’influencer? Que fait-on des deux réactions que voici, montrant bien que ce film joue dans des couches profondes de l’être?
– « Ce film nous fait poser des questions personnelles et il y a même une sorte de morale. » – « Par moment, je ne regardais pas l’écran tout en approuvant complètement le courage du père de la petite fille décédée…D’où le choix de faire sa propre justice et d’aller en prison ou bien de laisser le système le faire et de savoir que le condamné ressortira sous peu.  Disons que ça fait réfléchir. ». Réactions lues sur cinoche.com.

Imaginons que Podz (Daniel Grou)  nous présente la suite de l’histoire dans un prochain film : « Les 77 nuits de Lamek » Dans ce deuxième film,  celui qui a été torturé serait alors vengé par la mort programmé du chirurgien tortionnaire et de ses intimes. Lamek est un personnage biblique qui décide de se venger soixante-dix-sept fois : « Lamek dit (…) : Si on me frappe, je tue un homme, si on me blesse, je tue un enfant. S’il faut tuer sept hommes pour venger Caïn, on en tuera soixante–dix–sept pour que je sois vengé ». (Genèse 4, 23-24)

Faux! Ce film a de l’influence. Il s’insinue dans nos pulsions et fait remonter des réactions primitives pré-morales.  La vengeance nourrit la violence de façon boulimique. Elle est  une spirale infernale. Elle détruit l’humain en nous, le sens de l’altérité, notre capacité de pardonner pour sauvegarder la vie.  L’Évangile fait appel au courage d’inverser ce mouvement, il propose un amour surdimensionné. « Père, pardonne-leur. » disait celui qui, innocent, pendant sept heures, avait été giflé, fouetté, puis crucifié. J’ose espérer que dans la pire atrocité que j’aurais à subir, poindrait toujours en moi la pulsation vacillante de la vie, du pardon.

TALION : vengeance qui consiste à faire subir à l’offenseur un dommage identique à celui qu’il a causé. La loi du Talion est souvent symbolisée par « oeil pour oeil, dent pour dent » (Encyclopédie Hachette 2001)

Rémi Bourdon

PS : J’irai certainement voir « La donation »

Des romans chrétiens?

Voici donc mon deuxième article sur ce nouveau médium.

Cette fois-ci, j’ai envie de vous parler de roman…Eh oui, de roman.

Vous savez que dans mon domaine, les livres religieux, il y a aussi des livres de fictions. Il y a plusieurs auteurs qui se spécialisent dans ce domaine et je suis portée à croire que ces sujets sont très populaires. Nous connaissons tous des best-sellers dont l’histoire tourne autour du Vatican, autour de groupes secrets, autour de légendes sacrées. Au fil des siècles, les écrivains ont toujours été intéressés par ce qui ne s’explique pas facilement et c’est là que l’imagination prend le relais. La religion comporte plusieurs faits inexpliqués qui incitent à la fabulation. Peut-être est-ce pour cela que ces sujets sont si populaires.

RomansJe suis d’accord avec ceux qui disent que ces livres sont invraisemblables. Je dis toujours qu’un roman n’est toujours qu’un …roman ! Une invention ! Quand, sur une page titre il est inscrit « roman », il faut savoir que ce qui y est décrit n’est pas la vérité. Ce peut être une version arrangée de l’histoire ou tout simplement de la pure invention.

Les romans sont faits pour nous distraire, nous changer les idées. Bien sûr, certains d’entre eux comportent une part de réalité, une réalité souvent historique. Je suis « fan finie » des romans historiques justement. C’est une lecture de ce genre qui m’incite à me renseigner sur certains sujets décrits dans le livre. Après avoir fini le roman, je réalise des recherches sur les évènements racontés. C’est fascinant.

Ici, à la bibliothèque du diocèse, nous possédons plusieurs titres de ce genre. Je viens de terminer la série sur Moïse de Gérald Messadié. Quel plaisir de reconnaître les personnages et de comprendre la vie en ces temps reculés. Mais, comme mentionné plus haut, c’est un roman. Un autre auteur, Marek Halter, s’est inspiré des femmes de la Bible pour écrire une série. Il nous parle de Sarah, Tsippora, Lilah et de la reine de Saba. Ces femmes côtoyaient les grands noms de la Bible et l’histoire qui s’y rapporte. Un troisième écrivain, Max Gallo, raconte dans une grande fresque en trois volumes la naissance de la France chrétienne avec trois figures : Martin, Clovis et Bernard. Quel divertissement. Rien de trop difficile, de trop ardu et pourtant, on apprend quand même.

Je suis persuadée que la lecture de roman incite le lecteur à aller voir plus loin. C’est un passe-temps agréable et qui ne demande pas de trop grandes connaissances techniques. Ce sont souvent à partir de ces lectures que la curiosité est éveillée. Il faut ensuite aller plus loin et qui sait, peut-être se lancer dans l’étude plus poussée d’un sujet en particulier.

Je vous donne les références des livres mentionnés :

MOÏSE. Tome 1. Un prince sans couronne. – Gérald Messadié. – JC Lattès.
MOÏSE. Tome 2. Le prophète fondateur. – Gérald Messadié. – JC Lattès.

LES CHRÉTIENS. Tome 1. Le manteau du soldat. – Max Gallo. – Fayard.
LES CHRÉTIENS. Tome 2. Le baptême du roi. – Max Gallo. – Fayard.
LES CHRÉTIENS. Tome 3. La croisade du moine. – Max Gallo. – Fayard.

SARAH. – Marek Halter. – Robert Laffont.
TSIPPORA. – Marek Halter. – Robert Laffont.
LILAH. – Marek Halter. – Robert Laffont.
LA REINE DE SABA. – Marek Halter. – Robert Laffont.

Alors voilà, à bientôt. J’attends vos commentaires et peut-être vos suggestions de lecture.

Johanne Lefebvre

Es-tu judéo-chrétien?

J’aime bien cette émission radio des «aurores» où il est question de tout et de rien, de sérieux et de futile, dans l’odeur du café et des toasts. Ce matin-là, au départ de l’émission, l’animateur jasait avec les chroniqueurs, des photos radar et des revenus substantiels qu’ils génèrent pour l’État. Quelqu’un rappelait que la visée de l’exercice était la sécurité routière, un objectif éducatif et éthique plutôt que financier. L’un d’eux évoqua le souvenir des contrôles de vitesse sur la longue route 175 qui traverse le parc des Laurentides. Les arrêts obligatoires aux barrières permettaient de chronométrer le temps entre l’entrée et la sortie. Tout véhicule qui arrivait avant son temps était immobilisé pour un temps, pour ramener la durée de la traversée au temps minimum permis. «Quelle attitude judéo-chrétienne!» clama alors un chroniqueur. Les oreilles me dressèrent. «Judéo-chrétien veut dire : tatillon! faiseur de petite morale!» Qui peut oser se dire judéo-chrétien après cela. L’émission passa à autre chose, mais pas moi, pas tout de suite. Dans ma bulle, comme un écho «Suis judéooooo-chrééééétien? »

onairLa gang se mit à parler d’Haïti, de la force d’âme de ces gens qui chantaient et qui priaient, et de la générosité étonnante des québécois. Aucun chroniqueur n’a dit qu’il y avait peut-être là une attitude judéo-chrétienne de part et d’autre. Puis, est venue sur le tapis l’affaire du coup de coude au hockey, avec ses conséquences graves pour la victime : convulsions et traumatisme crânien. «Trop violent le hockey, il faut que ça change!» clama-t-on. L’imposition de sanctions plus sévères est réclamée. Tiens! tiens! l’éthique et la morale se montrent le bout du nez. Serait-ce un réflexe …judéo-chrétien, que d’exiger réparation pour le tort commis, et changer la culture de la violence dans ce sport? Puis on est revenu sur les victimes des bandits à cravate… encore la morale qui affleure inévitablement, peut-être inspirée de la tradition jud…je présume.

Puis vint le tour de la critique de théâtre de faire sa chronique. Elle résume l’histoire de la pièce ou du film: un imposteur fait souffrir plein de monde, mais finit par se transformer en un être de bonté à travers la déchéance dans laquelle il est plongé. Elle termine en disant : «C’est une histoire de rédemption!». Oh! Qu’est-ce que je viens d’entendre? Mais personne des chroniqueurs n’a relevé cette expression on ne peut plus «culture judéo-chrétienne». Difficile de ne pas avoir des petits airs de famille, même quand on veut s’en dissocier.

Puis je me suis dit qu’il y a de ces expressions qui ont peut-être besoin de rédemption au regard des personnes qui ont un contentieux avec leur passé religieux. Cela m’engage à contribuer humblement à changer une certaine perception négative de notre héritage spirituel québécois.

Judéo-chrétien : Se dit des croyances et des valeurs morales communes au judaïsme et au christianisme Larousse Pratique. © 2005 Editions Larousse.

Rémi Bourdon