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Des hommes et des dieux

Le 21 mai 1996, j’étais à l’abbaye cistercienne de Tamié, en Haute-Savoie, lorsque la nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre. Les sept moines de Tibhirine, enlevés dans la nuit du 26 mars, avaient été assassinés. Deux venaient de Tamié : le plus jeune, Christophe, âgé de 45 ans, et Paul, arrivé en Algérie en 1989. Je devais prononcer une conférence sur les hymnes liturgiques du poète Patrice de La Tour du Pin. Quelle parole pouvait traduire le profond silence qui émanait du chœur de Tamié ? C’est avec beaucoup d’émotion que je commençai mon entretien par l’hymne de La Tour du Pin pour la Toussaint :

Comme ils étaient baptisés sous ton Nom,

Qu’ils l’ont porté jusqu’à mort et passion,

Il t’a suffi de t’appeler en eux

Pour qu’ils revivent ! Alléluia !

Le titre du film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux est tiré du psaume 81 (82) : « Vous êtes des dieux… Pourtant, vous mourrez comme des hommes ». Ce film d’une grande intériorité relate avec sobriété des parcours d’hommes libres. Il met en scène l’engagement fidèle des moines cisterciens envers le petit village de Tibhirine (mot qui signifie « jardin » en berbère) et surtout leur vie quotidienne au monastère, rythmée par le travail et la prière.

moines

Pour avoir vécu quatre ans dans ma jeunesse à la Trappe d’Oka, je peux témoigner que la vie cistercienne est rendue avec justesse, même si l’aspect spirituel de cet engagement envers Dieu relève de l’indicible. Les comédiens sont tellement habités par le don de ces moines qu’ils deviennent eux-mêmes des passeurs, des témoins. Ils ont d’ailleurs vécu quelques semaines à Tamié avant le tournage pour s’imbiber de la vie monastique, s’initier aux us et coutumes de la communauté, apprendre les hymnes, former entre eux une fraternité.

On a parlé dans les médias français d’un grand film, d’une sorte de miracle, d’un instant de grâce qui nous marque. C’est vrai. Des hommes et des dieux nous conduit à une profondeur du cœur où les paroles et les silences sont des fenêtres qui ouvrent sur une authentique expérience spirituelle. Il faut voir ce film, et même le revoir, car le cinéma atteint ici un rare degré d’humanité, de pureté, de simplicité, de spiritualité. Pas étonnant qu’il ait remporté plusieurs récompenses, dont le Grand prix du jury au festival de Cannes, et qu’il ait été acheté dans plus de 50 pays. En France seulement, il a dépassé les 3 millions de spectateurs.

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Frère André : portier d’espérance – par Jacques Gauthier

frereandreÀ la fin du 19e siècle, un frêle religieux de la Congrégation de Sainte-Croix, portier au collège Notre-Dame à Montréal, contemplait souvent la montagne qui se dressait devant sa fenêtre. Il y voyait un oratoire dédié à la gloire de saint Joseph. Cette vision était portée par une foi à transformer les montagnes. Le rêve deviendra réalité. À sa mort en 1937, un million de personnes convergeront vers la dépouille de l’humble frère au pied de l’Oratoire du Mont-Royal qui deviendra le plus grand lieu de pèlerinage au monde consacré à saint Joseph.

Frère André sera déclaré saint à Rome par Benoît XVI le 17 octobre 2010, devenant ainsi le premier homme né au Canada à recevoir un tel honneur, après Marguerite d’Youville, canonisée en 1990. Un grand rassemblement au Stade olympique de Montréal le 30 octobre permettra à des dizaines de milliers de fidèles de célébrer cette figure spirituelle unique au pays.

Plusieurs trouvent en frère André un ami qui est proche d’eux et qui les aide à vivre. Il fait partie de notre histoire, de la famille, comme Maurice Richard et Félix Leclerc. On reconnaît en ces éveilleurs des valeurs qui nous caractérisent souvent : audace, authenticité, courage, détermination, humilité, humour, simplicité. Certes, frère André est un saint qui éclaire, non une star qui brille, car il irradie l’amour de Dieu, mais il ne s’est pas fait tout seul.

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