Ce soir du dernier repas, Jésus «fut bouleversé … je vous le dis : l’un de vous me livrera… celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Un morceau de pain azyme qu’il a trempé probablement dans le maror ce mélange amer à base de raifort : rappel de l’amertume de l’esclavage en Égypte. Le Verbe de Dieu, du livre de l’Exode, était alors bouleversé : «J’ai vu la misère de mon peuple». « Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. » Le Verbe en Jésus fut de nouveau bouleversé.

Pourquoi a-t-il trahi?

La figure de Judas «le traître» se profile tout au cours de la Semaine sainte comme celle de Pierre qui va renier. Mais pour Pierre, on connaît le dénouement, alors que Judas…! Pourquoi a-t-il trahi? La question a reçu toutes sortes de réponses. 

Il y a une hypothèse que je retiens: Judas a voulu forcer Jésus à user de son pouvoir exceptionnel en le poussant dans un piège qui, rêvait-il, l’amènerait à prouver sa puissance supérieure. Mais l’armée des anges n’est pas intervenue. Et Judas a vu la situation lui échapper des mains. Il a «capoté» devant la machine qui allait condamner à mort son «ex-maître»; cette machine que lui-même avait mise en marche. «Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas … fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » … Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. » (Mt 27, 3-5).

Remords et repentir

Quelle différence entre le remords et le repentir? Le remords c’est être enfermé dans sa culpabilité, alors que le repentir c’est ressentir le besoin de se faire pardonner. Dans l’évangile de Matthieu, le mot grec «metamelomai» est utilisé trois fois comme dans ce passage : « Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.” Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.» (21, 29) C’est le même «metamelomai» que Mt 27, 3 : pourquoi l’a-t-on traduit par remords. Pourtant Judas avoue qu’il a péché.

Je préfère les traductions qui emploient «repenti» à propos de Judas. Je préfère la figure d’un Judas qui appelle «au pardon», même s’il se juge impardonnable. Cette intuition, je l’ai retrouvée, sculptée dans un chapiteau de la cathédrale de Vezeley après une petite recherche sur le web, grâce à France qui m’a mis la puce à l’oreille suite à mon homélie du mardi saint, à la Maison de prière Notre-Dame. « Quel est votre avis ? Si un homme a cent brebis et que l’une d’entre elles vienne à s’égarer, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour aller à la recherche de celle qui s’est égarée ?» (Mt 18,12)

Rémi Bourdon

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