Offrande - par Christine Lambert

Offrande – par Christine Lambert – www.lmc-sculpture.com

La vie monastique est si exigeante pour nous, qu’elle semble, pour plusieurs, une folie. En écoutant les moines de Rougemont parler de leur expérience monastique et des réactions de leur entourage concernant leur choix de vie, je me disais : ce n’est vraiment pas fait pour tout le monde cette vie-là! Mais doit-on pour autant écarter la question de la vie consacrée, en tant que laïcs?

Évidemment, en tant que femme mariée, mère et grand-mère, travailleuse à temps plein, et femme engagée dans de multiples projets, je ne me reconnais pas beaucoup dans le style de vie des moines et moniales. Par contre, la réponse à l’appel de Dieu, la question de consacrer sa vie à Dieu, m’interpelle vivement.

Consacrer sa vie à Dieu, qu’est-ce que ça peut vouloir dire dans ma vie et dans mon rythme de vie qui ressemble si peu à une vie de cloîtres?

La vie des religieux et tout particulièrement des moines et moniales représente une question pour notre époque et dans notre monde de productivité. Leur manière de vivre nous rappelle que la vraie vie n’est pas liée à l’utile et au profit, mais à « ce qui compte » vraiment et non à « ce qui se compte ».

Passer un séjour dans un monastère, comme j’ai eu l’occasion de le faire à quelques occasions, c’est s’offrir un temps privilégié pour réfléchir sur sa vie et pour faire le point. Accepter de me laisser interpeller par leur choix de vie me renvoie aux miens. À quoi est consacrée ma vie? À travers mes multiples occupations et engagements, qu’est-ce qui importe? Quel est le moteur de ma vie? Qu’est-ce qui donne sens à tout ce que je fais et tout ce que je vis?

Je suis dans une période encore très productive de ma vie. À l’aube de mes 55 ans, je peux encore compter sur mes énergies physiques, et intellectuelles pour m’impliquer dans plusieurs projets. La société me reflète un idéal de productivité qui n’est pas sans me questionner. Quel sens prendra ma vie quand je n’aurai plus toute cette énergie pour contribuer au « système »? Aurais-je l’impression de ne plus être utile? Nos choix de société sur la manière de traiter les personnes âgées et sur la fin de vie me font réfléchir sur la valeur que l’on accorde à la personne humaine.

Consacrer ma vie à Dieu, en me laissant inspirer par la vie monastique, me renvoie à ma vocation particulière, à mon appel intime et au sens de ma valeur. C’est à cela que je souhaite porter attention et que je ne veux pas perdre de vue, à travers toutes les sollicitations extérieures et les pressions sociales. Consacrer ma vie à Dieu, c’est peut-être essayer tout simplement de rester fidèle à ce que je suis, en tout ce que je fais. Être « moi », puisque personne ne peut l’être à ma place. Ainsi, consacrer ma vie à Dieu peut ressembler à consacrer ma vie à donner le meilleur de moi-même, comme une offrande.