petit homme devant la mortL’été dernier, un oiseau a perdu la vie en volant à pleine vitesse en direction de la fenêtre de la maison. L’impact a été mortel. Étienne, mon petit-fils de 3 ans, l’a trouvé par terre.  Il entre dans la maison à la course et me dit dans un souffle : « Mamie, dehors il y a un oiseau mort ». Je ramasse l’oiseau, et le dépose dans un sac en plastique.  « Mais Mamie », me dit-il, « tu ne vas pas le mettre dans la poubelle! C’était notre ami – parce que nous donnons régulièrement du pain aux oiseaux – on ne peut le mettre dans une poubelle… il faut l’enterrer.»  La sagesse est innée chez les enfants…

Toute une mise en scène a été préparée pour la mise en terre de l’oiseau. C’était sérieux!  Étienne a creusé un trou, Ariane, sa sœur aînée, a mis l’oiseau dans le trou, et papi a préparé un petit écriteau pour signifier où était enterré l’oiseau.  Ariane dit : « Il faut lui donner un nom! »  « Pourquoi lui donner un nom maintenant, il est mort et on ne l’a pas beaucoup connu», lui dis-je.  « Parce que, quand nous parlerons de lui, on dira pas L’OISEAU, on va dire ÉTOILE », dit-elle.  Et l’oiseau mort reçu le nom d’ÉTOILE.  C’est comme si cette mort faisait maintenant partie de notre vie.

La semaine dernière, mon père était en fin de vie. Il était couché dans un lit bien grand, à l’hôpital. Il respirait avec beaucoup de difficulté. Tout son corps s’étirait à la recherche d’un petit souffle. Il avait les yeux fermés; il semblait dormir ou bien concentrer à survivre. Étienne était est venu le voir avec sa mère.  Étienne était impressionné, il est resté à la porte de la chambre, mais regardait son arrière-grand-père en silence, avec un immense respect.

Dans la chambre, tout à côté, un patient ne cessait de se plaindre et de crier très fort : « Infirmière, infirmière, j’ai besoin d’aide,  infirmière, infirmière, j’ai faim, infirmière, j’ai soif… »  Étienne, après une bonne demie-heure de cris et de plaintes, entre dans la chambre du monsieur et lui dit : «  Chut! Mon grand-papi à moi, il fait dodo! »  L’homme l’a regardé et a dit : « Excuse-moi, je ne le savais pas ». Et on ne l’a plus entendu.

J’ai été très touchée par ce moment de vie.  Un petit garçon garde silence devant la mort, avec un infini respect des passages difficiles à vivre.

« On ne le verra plus grand-papa Georges? », m’a-t-il demandé.
« Non », lui ai-je répondu.
« Mais c’est comme ÉTOILE », dit-il, « on continuera à parler de lui et à
l’aimer »
« C’est ça mon petit homme… et ainsi, il continuera de vivre parmi nous. »