Que nous reste-t-il d’espace de gratuité dans notre vie moderne au rythme accéléré? Tout le monde se plaint de manquer de temps pour faire tout ce qu’il y a à faire. Tout va si vite que l’on ne sait plus comment arrêter le temps.

Je me souviens d’un film de Star Trek où l’équipage avait trouvé une planète où il était possible d’arrêter le temps. Lorsqu’un moment se révélait précieux entre deux personnes, tout semblait s’arrêter. Le réalisateur du film avait produit des effets spéciaux qui laissaient voir cet arrêt du temps, où l’on pouvait distinguer le battement d’aile d’un oiseau mouche. Cela illustrait magnifiquement l’expression que l’on voudrait vraie « arrêter le temps ».

Je m’interroge souvent sur l’utilisation que je fais du temps qui m’est donné. Pourquoi cette obsession de manquer de temps et de devoir faire davantage? Notre société de consommation et de performance a énormément changer notre perception du temps. Tout le temps dont on dispose doit être utile et productif, comme si la vie tenait sa valeur dans le faire et l’avoir.

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Je sais pourtant qu’il n’en ait rien, car on n’apporte rien de tout cela dans notre tombe. Mais l’illusion est puissante et elle est entretenue par la mentalité ambiante. D’où l’importance de choisir consciemment de s’arrêter pour goûter le simple fait d’exister.

Mais exister ne veut rien dire si je ne suis pas quelqu’un pour quelqu’un d’autre. Quand je me retrouve en prière en présence de Dieu qui me révèle ma valeur; quand je prends le temps de partager des moments de pure gratuité avec des personnes qui me sont chères, tout le reste retrouve sa place et son sens.  Il me semble que l’enjeu est là.  C’est le sentiment profond d’avoir de la valeur pour quelqu’un et pas simplement pour ce que je fais qui me donne le sentiment d’exister. Être ancrée dans cette certitude est de l’ordre du spirituel et entretenir cette conscience est un réel défi dans notre contexte actuel.

Mais, Dieu merci, ces moments de gratuité sont accessibles à qui décide de s’arrêter pour les goûter. C’est alors que la vie prend toute sa densité et que l’essentiel se révèle Présence? Quel avantage l’homme a–t–il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui–même ? (Lc 9,25)

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses.  Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10, 41-42)

Colette Beauchemin